Theolarge.fr

Faculté de théologie
Université catholique de l'Ouest

Page Facebook

Recension : En pleine lumière

22 novembre 2016 Théologie spirituelle - Jean Riaud

Christiane RANCÉ, En pleine lumière. Carnets spirituels, Paris, Albin Michel, 2016, 230 p. 16 €.

Intitulées En pleine lumière, ces méditations sont écrites, nous confie l’auteur, avec le désir de « célébrer la vive beauté du monde, là, toujours à la portée de nos regards et de notre enthousiasme, et de la remettre elle aussi en pleine lumière, tandis que notre connivence avec la mort concourt à l’éclipser et à la trahir. » « Ces méditations, précise-t-elle, ont constitué une étape essentielle pour moi. Elles s’adressent à des amis ; les écrire m’a fait faire un grand pas sur la route instructive du dialogue, du partage et de l’hospitalité. »

 

En lisant ces méditations qui s’échelonnent sur deux années de janvier à décembre, et de janvier à octobre – une chaque mois ! – Christiane Rancé qui évoque ses nombreux voyages, le temps qu’il fait, ses lectures, les mille bruits du monde, nous fait partager sa foi, enracinée dans le christianisme, mais qui s’alimente aussi à d’autres sources : une réflexion de Râmakrishna, de Cioran, de Renan, de Bergson, la sagesse grecque qu’elle a appris à aimer avec Lucien Jerphagon, et, bien sûr, Simone Weil dont elle vient de préfacer l’édition de poche d’Attente de Dieu publiée par le même éditeur.

Grâce à son immense culture littéraire, picturale, musicale, elle nous aide à déceler partout les tentatives de l’homme pour s’élever vers la lumière sans jamais verser cependant dans l’angélisme, car « les nouvelles n’ont rien de nouveau, tant elles sont sinistres dans leur fond, et désespérantes dans leur répétition. Les tensions sont si fortes que l’air semble inflammable. Chaque jour ajoute une pierre à notre moderne tour de Babel, qui veut que nous ne nous comprenions plus, alors que nous parlons la même langue. Chaque actualité nous stupéfie en affirmant que tout – voire le pire –  est possible, en même temps que rien n’est de moins en moins permis. »

Christian Rancé évoque aussi en des termes bouleversants et pudiques « l’épreuve de l’effroyable, la disparition de sa sœur qui l’a expulsée de sa propre vie, et, c’est la première fois qu’elle l’écrit : « un jeudi saint, mon petit enfant est mort dans son berceau. » Peut-être est-ce en braquant la lumière sur ces ombres qu’on les chasse. Telle est sa profonde conviction que nous retrouvons lorsqu’elle dénonce en termes vigoureux le nihilisme contemporain et l’oubli mortel des richesses spirituelles de notre civilisation. Aussi nous invite-t-telle à entrer en résistance « non pas en brandissant des pancartes ou des fusils, ni en défilant dans un quelconque cortège, mais en s’opposant à l’insidieuse disparition des mots qui disent le partage, la gratuité, le don, au profit des termes marchands. Autrement dit, nous devons travailler à discerner, à sauver, à développer dans les milieux humains où nous avons des responsabilités ce que S. Weil nommait « les fragiles responsabilités terrestres de beauté, de bonheur et de plénitude ». Ainsi ferons-nous « le seul pari qui vaille, celui de l’avenir et de la vie. Celui de l’amour sans quoi rien ne s’accomplit », pari que Christiane Rancé nous invite à faire tout au long des pages de ce livre splendide.