Theolarge.fr

Faculté de théologie
Université catholique de l'Ouest

Page Facebook

De l’art de dégager une problématique

25 février 2011 Ressources - theolarge

Qu’est-ce qu’une problématique ?

La problématique, c’est l’art de poser les bonnes questions. Ce n’est pas ce dont je vais parler ici…

Une problématique, c’est l’interrogation d’un sujet donné avec des questions pertinentes qui font débat. La problématique prête à discussion, elle suscite un raisonnement, elle amène d’autres questions. Elle n’est pas une simple question dont la réponse serait évidente : elle constitue, autour d’un sujet, un espace de discussion qui rend compte de la complexité du sujet et de la diversité de ses approches possibles.

Il s’agit donc de l’art de poser les questions pertinentes, de l’art de « problématiser », c’est-à-dire encore de la capacité à faire surgir d’un sujet une série de questionnements et de problèmes articulés entre eux et à choisir un angle d’attaque pertinent et fécond.

Une problématique guide une réflexion sur le sujet, elle ouvre des axes de recherche. Souvent, elle propose des hypothèses et construit à partir d’elles une réponse élaborée et complexe.

Ce qu’elle n’est pas : La problématique n’est pas une simple question, un simple catalogue, un exposé ni une description. La problématique n’amène pas une réponse unique et fermée qui ne fait pas débat. Il ne s’agit pas de discuter de son opinion mais de se situer dans un champ de questions intellectuellement légitimes.

Comment construire une problématique ?

Il faut transformer le sujet en questions et en débat, en montrant comme les différentes questions construisent non pas une réponse rapide, mais balisent un contexte, une articulation, des tensions.

Il s’agit donc de créer un espace de discussion qui ne réduise pas la complexité du sujet mais qui la met en œuvre et permet plusieurs approches possibles de la réalité étudiée.

Quelques éléments de méthode d’élaboration d’une problématique :

– Partir par exemple d’une opinion couramment admise sur le sujet.
– Rassembler des observations, des constats qui appartiennent au débat sur le sujet.
– Établir une liste de questions pertinentes sur le sujet.
– Transformer le sujet en débat en explicitant l’enjeu des questions et du débat qu’elles balisent : ceci exige souvent une reformulation des questions pour les articuler entre elles et une stratégie d’argumentation permettant d’engager une réponse complexe et articulée à ces questions.
– Formuler en une phrase l’ensemble des problèmes que soulève le sujet choisi : c’est la problématique. (La problématique peut souvent se formuler sous forme de paradoxes.)

Il ne faut pas se limiter aux questions les plus évidentes, dont souvent la réponse n’est pas problématique. Il faut au contraire chercher les questions difficiles, dont la réponse n’est souvent pas possible sinon au prix de la mise en œuvre d’une complexité qui n’était pas apparente au départ. Enfin, il ne faut pas s’étonner que la problématique évolue au cours de la recherche : c’est très courant et elle ne sera définitive qu’à la fin du processus.

Qu’est-ce qu’une bonne problématique ?

Une bonne problématique a quatre caractéristiques : elle est intégratrice (elle donne au sujet son extension maximale), elle est actuelle (elle prend en compte l’état le plus récent du débat tout en lui conservant sa mise en perspective dans l’espace et le temps), elle est féconde (elle permet la construction d’un réseau articulé de réponses riches), elle est heuristique (elle fait apparaître une méthode de traitement de la problématique et d’élaboration d’un réseau articulé de réponses).

Du sujet à la problématique : trois cas.

Souvent, on part d’un sujet (ou alors un sujet est donné comme épreuve d’examen). Trois cas peuvent se présenter : une analyse, une discussion ou une mise en relation.

L’analyse. C’est le cas d’un sujet sans problématique apparente. Par exemple : « La christologie de Wolfhart Pannenberg. » Deux stratégies a priori peuvent aider à dégager une problématique : faire l’inventaire de l’objet présenté à l’analyse pour s’assurer d’englober tous les aspects du sujet ; choisir un angle d’attaque pertinent. Il faut à tout prix mettre en œuvre une problématique, au risque sinon de rester dans la superficialité d’une paraphrase de l’objet étudié.

La discussion. C’est le cas d’un sujet avec une problématique explicite. Par exemple : « Peut-on admettre un enfant non baptisé à la communion eucharistique ? » La difficulté consiste à ne pas se contenter de la problématique esquissée ainsi, au risque d’avoir une réponse immédiate qui clôt immédiatement le problème. La stratégie consiste à complexifier la question pour montrer qu’elle n’a rien d’évident et pour l’articuler à d’autres questions connexes, souvent cachées, implicites, et pourtant plus fécondes.

La mise en relation. C’est le cas d’un sujet avec une problématique implicite. Par exemple : « L’ordination au ministère presbytéral et la place des femmes dans l’Église. » Il faut se garder d’étudier chaque problème séparément mais au contraire mettre en œuvre leur articulation (complémentarité, opposition, corrélation, cause à effet). Les sujets en « ou » (plutôt qu’en « et ») sont souvent préférables parce qu’ils rendent mieux compte de la complexité propre au rapprochement des deux termes. Par exemple : « L’Église, signe ou moyen de salut ? »

Pour mettre à jour la complexité de la problématique et les articulations des questions qui s’y jouent, on a intérêt à formuler le plus grand nombre possible de questions, même naïves, même insatisfaisantes, qui feront comme un premier balisage du champ de la problématique : En quoi ? Dans quelle mesure ? Par quels moyens ? Comment ? Pourquoi ? Ces questions ne seront pas conservées à l’identique dans la problématique, elles sont là seulement pour impulser une dynamique d’interrogation. Le développement de la problématique se fera autour de quelques questions clés, bien articulées entre elles.

Pour aller plus loin :

– Guy Frécon, Formuler une problématique : Dissertation, mémoire, thèse, rapport de stage, Paris : Dunod, 2006, 153 p. (ISBN 2-10049-988-2), 12,90 €.
– Lawrence Olivier, Guy Bédard et Julie Ferron, L’élaboration d’une problématique de recherche : Source, outils et méthode, Paris : L’Harmattan, 2005, 100 p. (ISBN 2-74758-518-2), 11,00 €.